Une cartographie des jardins potagers des rennais

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Quelles sont les habitudes potagères des habitants de Rennes Métropole ? Est-ce qu’ils font pousser des fruits et légumes dans leur jardin, est-ce qu’ils échangent leur productions ? Existe-t-il des réseaux de partage de denrées locales ?

Ce sont les questions que se posait Bernadette Kessler, responsable du service Innovation Numérique de Rennes Métropole, lorsqu’elle a proposé au collectif Open Data Rennes et Rennes1720 de réaliser une cartographie collaborative durant l’évènement Viva-Cités, fin septembre.

L’idée ? Afficher une grande carte de la métropole et proposer aux visiteurs de venir ajouter leur contribution, sous forme d’une punaise plantée sur leur lieu -approximatif- d’habitation.

“Alors j’ai des tomates, des fraises, des carottes, ah et aussi de la menthe sur le balcon”

Lorsque les visiteurs approchaient de la carte, deux questions leur étaient posées :

  • Combien de variétés de fruits, légumes et plantes aromatiques cultivez-vous chez vous ?
  • Quel usage global en faites-vous ?

A cette deuxième question nous proposions trois réponses : garder (pour un usage personnel et familial), donner (régulièrement à des amis, collègues, voisins) ou vendre.

Sur les neuf jours de l’évènement, plus de 120 habitants de Rennes Métropole ont participé à l’expérience et apposé leur punaise sur la carte. Une grande majorité de Rennes même, des habitants des communes de l’agglomération, et même quelques visiteurs venus de plus loin qui ont quand même voulu apporter leur contribution… tant que leur commune était visible sur la carte !

La carte en ligne

Une fois Viva-Cités terminé, nous avons numérisé les participations afin de reconstituer une carte en ligne, que voici. (cliquer pour accéder à la carte dynamique)
CarteJardinsOSM

Légende :

De 1 à 5 variétés produites

De 6 à 15 variétés

Plus de 15 variétés

Blanc : je garde / Vert : je donne / Rouge : je vends (cette option n’a jamais été donnée par les participants)
Remarque : compte tenu de l’échelle de la carte d’origine, l’emplacement des points est approximatif. Ils ne pointent pas exactement le jardin de chacun mais restent représentatifs de la rue ou du quartier choisi.

“Bien sûr, je donne quand j’en ai trop. A mes voisins surtout, on s’échange des légumes”

Le panel de participants est trop petit pour pouvoir tirer de véritables conclusions statistiques sur les usages des rennais et de leurs potagers. Néanmoins, au travers des résultats obtenus et de tous les témoignages que nous avons recueillis, nous pouvons tout de même proposer des pistes de réflexion sur le sujet.

De nombreux habitants cultivent des végétaux consommables, en ville comme en campagne, ne serait-ce qu’un pot de thym ou de ciboulette sur le balcon. Nous n’avons eu que peu de visiteurs qui déclaraient ne rien faire pousser chez eux, et les réponses étaient le plus souvent de la forme “j’aimerais bien” ou “je viens d’emménager, mais je vais m’y mettre !”

Ceux qui cultivent peu de produits ont plutôt tendance à les garder pour eux. Même si notre expérience étudiait le nombre de variétés produites, et non pas la quantité, les deux vont souvent de paire. Et cela paraît logique : celui qui ne récolte que quelques tomates dans l’année va les garder pour un usage personnel, tandis que les personnes qui font pousser de multiples légumes auront plus de facilité à donner ou échanger autour d’eux.

Cela suffit-il à expliquer le fait que, d’après nos résultats, les habitants du centre-ville de Rennes ne donnent que peu leurs fruits et légumes ? Pas forcément. L’ambiance urbaine, ne pas connaître ses voisins, ne pas savoir avec qui échanger… sont aussi des pistes à creuser pour améliorer ou créer cet esprit de partage entre les résidents d’une même zone.

Cependant, l’un des quartiers de Rennes s’est fait remarquer lors de notre expérience : Sainte-Thérèse, quartier résidentiel au sud-est de la ville, semble être un lieu très vivant, très potager, où les habitants de “ce petit village”, dixit un de nos visiteurs, se connaissent et n’hésite pas à partager entre eux les fruits de leurs cultures saisonnières. Nous avons d’ailleurs rencontré plusieurs membres de l’association Les Jardins (ou)verts, dont nous avions sans le savoir emprunté le nom pour notre opération. Les Jardiniers cherchent à développer le locavorisme (consommer des produits locaux) et la protection de l’environnement, tout en créant du lien social. Opération réussie au vu des témoignages des habitants de Sainte-Thérèse !

A la découverte des usages

Dès la conception de l’expérience, nous nous sommes rendus compte qu’il serait impossible de détailler précisément toutes les données : chaque plante cultivée, chaque utilisation, pour chaque participant, cela n’aurait pas été lisible sur la carte. Nous avons donc fait le choix de conserver seulement trois données, le nombre de variétés, l’usage global et la localisation.

Cependant, dès l’arrivée des premiers visiteurs, nous avons découvert de multiples cas auxquels nous n’avions pas pensé. “Moi je fais du troc, alors je choisis donner ou vendre ?” “Et le don de graines, ça compte ?” Untel fait partie d’un jardin familial, un autre partage le sien avec ses voisins, un troisième squatte illégalement un bout de terrain inoccupé pour faire pousser ses légumes. Autant d’usages qui font la diversité de l’expérience.

Une habitante du quartier Sainte-Thérèse nous racontait par exemple qu’elle produit plus d’une trentaine de variétés de plantes aromatiques, qu’elle dépose sur le bord de la route avec un “pot d’honnêteté” où les passants sont invités à déposer une pièce ou deux après s’être servis. On n’est plus très loin du concept britannique des incredible edible, jardiner collectivement dans l’espace public et partager avec tous les fruits et légumes qui n’auront pas traversé le pays pour venir être mangés.

Le sujet des jardins familiaux est également beaucoup revenu dans les conversations, l’affaire des prairies Saint Martin ayant marqué les esprits.

Une expérience à renouveler

Collecter des informations individuelles avec les participants, pour construire une base de données, cela s’appelle du crowdsourcing. Ce mode de collecte existe sous bien d’autres formes et dans de nombreux domaines.

Lors de cette expérience, nous avons pu constater que le thème des jardins et potagers a attiré des publics très divers, sans connaissances particulières du crowdsourcing ou de l’open data. C’est également la conclusion de Simon Chignard qui a mené lors de Viva-Cités trois ateliers sur des thématiques diverses : choisir un angle précis et concret permet d’aborder en toute simplicité avec le public le sujet encore pointu de l’open data.

De plus, nous avions choisi de présenter la carte sur une structure physique : pas d’outil numérique, rien que du papier, du liège et des punaises. En enlevant cette barrière numérique, nous avons pu ainsi toucher tous les publics présents lors de l’évènement, ce qui aurait été plus difficile avec un écran d’ordinateur, un clavier ou une souris à appréhender avant de pouvoir ajouter un point sur la carte. Nous avons déjà constaté lors de notre atelier avec des élèves de CE2-CM1 que l’outil numérique n’est pas forcément nécessaire pour parler d’open data ou de visualisation des données.

Au vu des bons résultats de l’expérience et des retours enthousiastes, nous envisageons déjà de recommencer cette opération, pourquoi pas dans un autre cadre (un quartier précis de Rennes) ou sur d’autres sujets.

Partage et diffusion des résultats

Les données collectées lors de l’opération Jardin Ouvert sont rassemblées sous forme d’un fichier KML. Nous le proposons en open data, sous la licence “Licence Ouverte” : vous êtes libre de réutiliser, tranformer, republier ce fichier, à condition de mentionner l’auteur et la source de ces données (collectif Open Data Rennes).

Télécharger le fichier source .kml
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Voir la carte sur Open Street Map

Les photos ainsi que les visuels de cet article sont publiés sous licence Creative Commons BY-SA : vous êtes libre de réutiliser, transformer, republier ces fichier, à condition d’en mentionner l’auteur (collectif Open Data Rennes) et de rediffuser les documents sous la même licence.


6 thoughts on “Une cartographie des jardins potagers des rennais

    • Etudiante en M2 Marketing à l’IGR IAE, j’aurais souhaité savoir si Bernadette Kessler travaillait toujours au sein du service innovation numérique. J’ai appris qu’il y a 2 mois, dans le cadre de l’événement VivaCités, elle avait pris l’initiative de créer une cartographie potagère sur la métropole. Je suis à la recherche de personnes qui échangent les produits de leur jardin, dans le cadre d’une étude sur la consommation collaborative à l’IGR.

      Merci!

  1. Pingback: Une cartographie des jardins potagers des rennais « pictocommunication

  2. WordPress dispose d’au moins deux plugins [0][1] qui permettent d’afficher des POI sur une carte OpenStreetMap (ils peuvent utiliser d’autres cartes). Il y a probablement d’autres solutions.

    C’est dommage de parler de données ouvertes sur une carte qui ne l’est pas alors que des solutions libres et ouvertes existent (peut-être moins jolies ou pratiques, c’est possible). Snif :-(

    C’est une belle initiative de collecte et de partage de données.

    [0] https://wordpress.org/extend/plugins/leaflet-maps-marker/
    [1] https://wordpress.org/extend/plugins/osm/ avec un exemple http://www.faktor.cc/Fotomobil/wp-osm-plugin-add-popup-marker

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